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lundi 1er avril 2013

Fargues Nicolas - Tu verras

Un père en mal de son fils

Alors que j’errais dans la librairie, je suis tombée sur le livre de poche Tu verras de Nicolas Fargues, avec son bandeau indiquant Prix du livre France Culture-Télérama 2011, je l’ai pris, je l’ai retourné et ai lu la quatrième de couverture qui disait :

« Mon père me criait de remonter mon jean au-dessus de mes fesses, de cesser d’écouter des chansons vulgaires sur mon iPod, de rapprocher mes coudes à table et de ne pas faire la tête chaque fois qu’il voulait m’emmener au musée. Il ajoutait toujours : "Plus tard, tu comprendras que c’est pour ton bien que je te disais ça, tu verras." »

A la lecture de la quatrième de couverture, je m’attendais donc à une histoire de conflit père-fils, avec la voix du fils pour la raconter. Pas du tout ! C’est en fait le père qui narre son histoire. Un père divorcé qui nous parle de son fils Clément de 12 ans qui a disparu brutalement. C’est donc un livre dur, l’histoire de la reconstruction d’un père endeuillé qui doit faire face à la "montagne" qui monte régulièrement (= les larmes coulent).

"Chaque matin au réveil, le temps que je me souvienne que mon fils était mort était de l’ordre de ces dixièmes de seconde que le cerveau met à traduire en douleur affective, mettons, une brusque entaille au couteau dans l’index." (p. 140)

L’écriture est très subtile puisqu’elle aborde un sujet dur, triste sans rendre le livre triste lui-même. Le narrateur relate des faits passés en compagnie de son fils et surtout des anecdotes vis-à-vis de l’éducation qu’il lui a donnée, de l’autorité qu’il a imposée avec une pointe de regret à présent.

"[...] je me suis chaque matin avéré incapable de la laisser partir pour sa journée d’école l’esprit tranquille, sans l’accabler de mes reproches jusque sur le seuil de l’ascenseur, sans lui ordonner sèchement à la dernière seconde de remonter son pantalon sur sa taille ou de réussir son contrôle de maths sous peine de représailles, contribuant sans doute à éveiller chez lui un œdipe carabiné qu’il n’aura même pas eu le temps de me renvoyer à la figure." (p. 105)

J’ai noté une scène très forte. Celle où le père évoque un jour où il était au Parc Montsouris à discuter avec sa sœur des enfants, jusqu’à remettre en cause leur existence.

"Dès quinze ans, ils cherchent à te couillonner sans scrupules, comme tout le monde. Et toi, tu leur pardonnes parce que ce sont tes enfants [...] On a rivalisé de banalités de ce genre pendant dix bonnes minutes sur ce banc. Une coquetterie de parents en rébellion, pour nous défouler un peu [...] Juste parce que nos enfants respectifs étaient là, en face de nous, indubitablement vivants sous nos yeux, qui à se renvoyer le ballon avec leurs anoraks roulés en boule sur la pelouse gelée en guise de poteaux de but, qui à tenter de mordre dans sa gaufre trop chaude tout en évitant d’avaler au passage un bout de la serviette en papier. Et qu’il ne pourrait plus jamais en être autrement" (p. 147-148)

Sauf que malheureusement si, il peut en être autrement...

Référence

Tu verras [Texte imprimé] / Nicolas Fargues. - [Paris] : Gallimard, impr. 2012 (impr. en Espagne). - 1 vol. (188 p.) : couv. ill. en coul. ; 18 cm. - (Collection Folio ; 5492).
ISBN 978-2-07-044839-5 (br.) : 5,95 EUR. - EAN 9782070448395

"Clément qui était mort au seuil de l’âge des tentations

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