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Gallay Claudie - Une part de ciel

lundi 25 novembre 2013, par Kulli-zumbayllu

Livre lu grâce aux Matchs de la rentrée littéraire 2013 (PriceMinister)

Un lundi 3 décembre, Carole retourne dans son village d’enfance, le Val-des-Seuls, dans le massif de la Vanoise où vivent son frère Philippe et sa sœur Gaby. Tous les trois ont reçu une boule de verre, ces boules souvenirs composées d’un paysage sur lequel tombe de la neige ou des paillettes lorsque nous les retournons. Cette boule de verre représente un message qu’ils connaissent parfaitement : il s’agit de Curtil, leur père qui depuis toujours leur annonce ainsi son retour.

Alors que Gaby et Philippe y habitent toujours, Carole a quitté le Val, elle vit St Etienne où elle est professeur de pâtisserie, elle vit seule depuis que son mari l’a quittée et que ses filles sont parties vivre en Australie. Elle rejoint donc ce village dans lequel elle retrouve les lieux et les habitants qu’elle a connus plus jeune. Elle loge dans un gîte qui lui permet d’observer la vie du village : les travaux à la scierie, le bar, les enfants qui sortent de l’école... Au fil des jours, un quotidien s’installe. Nous suivons alors les journées de Carole, du réveil au coucher. Elle n’a pas grand-chose à faire, hormis une traduction à terminer, elle attend l’arrivée de son père tout en ressassant des souvenirs lointains. Carole parle peu, elle est assez sèche dans sa façon de s’exprimer et de répondre à ses interlocuteurs, elle n’incite pas à la discussion.

Sa sœur Gaby travaille comme femme d’entretien dans un hôtel. Elle vit dans un bungalow avec la Môme, une jeune fille de 17 ans qu’elle élève depuis qu’elle est bébé. Elle attend Ludo, son compagnon qui est incarcéré. Elle élève des écureuils afin de récolter leurs poils pour en faire des pinceaux. Le dialogue est difficile entre les deux sœurs.

C’est leur frère ainé, Philippe, qui sert d’intermédiaire. Il exprime ce qu’elles n’osent pas se dire en face. Philippe gère le Parc de la Vanoise. Il est très impliqué dans son métier. Il vit avec sa femme qui s’absente toutefois régulièrement, et son fils Yvon, un adolescent.

Le village vit sur fond de tension entre les partisans du progrès et ceux qui souhaitent maintenir le village isolé. En effet, une piste de ski pourrait prendre place dans le village, ce qui suscite des tensions et des craintes : « la rumeur enflait, on allait bétonner des prés, planter des pylônes et des remontes-pentes, bâtir un premier hôtel à la place du lavoir ».

Parmi les habitants, on peut citer Sam, un vieux monsieur passionné de papillons qui tient une échoppe et qui connaît toute l’histoire du village ; son fils Jean qui exerce une attraction sur Carole ; Francky qui tient le bar du village, un lieu central de l’histoire ; Diego le cuisinier concentré sur son puzzle géant ; la Baronne qui s’occupe du chenil et ne vit que pour ses animaux ; Marius, un adolescent solitaire qui cherche à se rapprocher de Gaby et la Môme.

Ainsi, le roman décrit le quotidien du village dans une atmosphère de Noël, le tout vu par les yeux de Carole la « citadine ». On retrouve dans ce quotidien la présence de plusieurs notions et sentiments :

- Nostalgie et mélancolie : le roman est empreint de tristesse liée au passé. Carole essaie de revenir sur le passé, de se rappeler l’incendie qui a ravagé leur maison alors qu’ils étaient enfants, de comprendre ce qui a pu se passer ce jour-là, de retrouver la recette du gâteau au chocolat que sa mère préparait, de laisser des peaux d’oranges près du chauffage comme elle le faisait enfant. Elle aime discuter avec le vieux Sam qui lui livre bons nombres de souvenirs. Parfois, Carole n’est pas que nostalgique mais elle a un côté triste et mélancolique. « Après l’incendie, il paraît que je suis devenue mélancolique (p. 75) ». Pourtant, elle est consciente que, comme le disait le père de ses filles, «  le temps que l’on passe à se souvenir est du temps que l’on n’a plus pour vivre ».
- L’attente : la roman commence par l’attente du père Curtil, puis tout au long de l’histoire, les personnages sont dans l’attente : Philippe attend sa femme, Gaby attend son Ludo, Carole attend son père et la serveuse, les villageois attendent la neige…
- L’"engrenage du geste" : au fil des jours passés au Val-des-Seuls, les gestes et les actions se reproduisent et se répètent : Gaby passe avec sa Volvo, Carole prend des photos du balcon et de la serveuse chaque jour à la même heure.
- La solitude : le Val-des-Seuls porte très bien son nom, les personnages vivent tous dans une certaine solitude. La plupart des hommes vivent sans leur femme partie définitivement ou momentanément, les femmes vivent sans leur homme, parti également. Pour combler cette solitude, on peut remarquer la présence de nombreux animaux : hérissons, cheval, chiens, lapin, écureuils, papillons, fouine…

Mon avis

Le roman Une part de ciel, malgré le manque d’action et la répétition, n’est pas lassant. Au contraire, quelques « actions » peuvent même apparaître au fil de l’histoire. Le petit côté « journal intime » permet de faire intervenir un ensemble de concepts et sentiments profonds. Les personnages sont attachants. Carole, bien que froide, finit par s’adoucir un peu, à exprimer sa sensibilité et à se plaire dans la culture de village. Je ne comprends en revanche pas pourquoi l’auteur a choisi pour Carole le métier de professeur de pâtisserie. Peut-être que ce décalage était voulu mais la délicatesse et la minutie du métier de pâtissier ne transparaît que très peu dans la personnalité de Carole. Claudie Gallay a osé intégrer dans le récit le parler local en utilisant le « à » : le bar à Francky revient souvent. Cela choquera sûrement qu’elle n’ait pas utilisé le bar de Francky, mais, pour avoir grandi dans un village proche de la Vanoise, sachez que toute ma famille parle ainsi. Quant à la « part de ciel », quelle est-elle ? Comment la définir dans ce roman ? On peut trouver une piste de réponse autour de la page 430...

Ma note

- Pour l’originalité de l’histoire : 3/5
- Pour le plaisir de la lecture : 4,5/5
- Pour les personnages : 3,5/5
- Pour l’écriture : 4/5

>> TOTAL = 15/20

Référence

Une part de ciel : roman / Claudie Gallay. - Arles : Actes Sud, 2013. - 1 vol. (445 p.) ; 24 cm. ISBN 9782330022648

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lundi 25 novembre 2013

Gallay Claudie - Une part de ciel

Livre lu grâce aux Matchs de la rentrée littéraire 2013 (PriceMinister)

Un lundi 3 décembre, Carole retourne dans son village d’enfance, le Val-des-Seuls, dans le massif de la Vanoise où vivent son frère Philippe et sa sœur Gaby. Tous les trois ont reçu une boule de verre, ces boules souvenirs composées d’un paysage sur lequel tombe de la neige ou des paillettes lorsque nous les retournons. Cette boule de verre représente un message qu’ils connaissent parfaitement : il s’agit de Curtil, leur père qui depuis toujours leur annonce ainsi son retour.

Alors que Gaby et Philippe y habitent toujours, Carole a quitté le Val, elle vit St Etienne où elle est professeur de pâtisserie, elle vit seule depuis que son mari l’a quittée et que ses filles sont parties vivre en Australie. Elle rejoint donc ce village dans lequel elle retrouve les lieux et les habitants qu’elle a connus plus jeune. Elle loge dans un gîte qui lui permet d’observer la vie du village : les travaux à la scierie, le bar, les enfants qui sortent de l’école... Au fil des jours, un quotidien s’installe. Nous suivons alors les journées de Carole, du réveil au coucher. Elle n’a pas grand-chose à faire, hormis une traduction à terminer, elle attend l’arrivée de son père tout en ressassant des souvenirs lointains. Carole parle peu, elle est assez sèche dans sa façon de s’exprimer et de répondre à ses interlocuteurs, elle n’incite pas à la discussion.

Sa sœur Gaby travaille comme femme d’entretien dans un hôtel. Elle vit dans un bungalow avec la Môme, une jeune fille de 17 ans qu’elle élève depuis qu’elle est bébé. Elle attend Ludo, son compagnon qui est incarcéré. Elle élève des écureuils afin de récolter leurs poils pour en faire des pinceaux. Le dialogue est difficile entre les deux sœurs.

C’est leur frère ainé, Philippe, qui sert d’intermédiaire. Il exprime ce qu’elles n’osent pas se dire en face. Philippe gère le Parc de la Vanoise. Il est très impliqué dans son métier. Il vit avec sa femme qui s’absente toutefois régulièrement, et son fils Yvon, un adolescent.

Le village vit sur fond de tension entre les partisans du progrès et ceux qui souhaitent maintenir le village isolé. En effet, une piste de ski pourrait prendre place dans le village, ce qui suscite des tensions et des craintes : « la rumeur enflait, on allait bétonner des prés, planter des pylônes et des remontes-pentes, bâtir un premier hôtel à la place du lavoir ».

Parmi les habitants, on peut citer Sam, un vieux monsieur passionné de papillons qui tient une échoppe et qui connaît toute l’histoire du village ; son fils Jean qui exerce une attraction sur Carole ; Francky qui tient le bar du village, un lieu central de l’histoire ; Diego le cuisinier concentré sur son puzzle géant ; la Baronne qui s’occupe du chenil et ne vit que pour ses animaux ; Marius, un adolescent solitaire qui cherche à se rapprocher de Gaby et la Môme.

Ainsi, le roman décrit le quotidien du village dans une atmosphère de Noël, le tout vu par les yeux de Carole la « citadine ». On retrouve dans ce quotidien la présence de plusieurs notions et sentiments :

- Nostalgie et mélancolie : le roman est empreint de tristesse liée au passé. Carole essaie de revenir sur le passé, de se rappeler l’incendie qui a ravagé leur maison alors qu’ils étaient enfants, de comprendre ce qui a pu se passer ce jour-là, de retrouver la recette du gâteau au chocolat que sa mère préparait, de laisser des peaux d’oranges près du chauffage comme elle le faisait enfant. Elle aime discuter avec le vieux Sam qui lui livre bons nombres de souvenirs. Parfois, Carole n’est pas que nostalgique mais elle a un côté triste et mélancolique. « Après l’incendie, il paraît que je suis devenue mélancolique (p. 75) ». Pourtant, elle est consciente que, comme le disait le père de ses filles, «  le temps que l’on passe à se souvenir est du temps que l’on n’a plus pour vivre ».
- L’attente : la roman commence par l’attente du père Curtil, puis tout au long de l’histoire, les personnages sont dans l’attente : Philippe attend sa femme, Gaby attend son Ludo, Carole attend son père et la serveuse, les villageois attendent la neige…
- L’"engrenage du geste" : au fil des jours passés au Val-des-Seuls, les gestes et les actions se reproduisent et se répètent : Gaby passe avec sa Volvo, Carole prend des photos du balcon et de la serveuse chaque jour à la même heure.
- La solitude : le Val-des-Seuls porte très bien son nom, les personnages vivent tous dans une certaine solitude. La plupart des hommes vivent sans leur femme partie définitivement ou momentanément, les femmes vivent sans leur homme, parti également. Pour combler cette solitude, on peut remarquer la présence de nombreux animaux : hérissons, cheval, chiens, lapin, écureuils, papillons, fouine…

Mon avis

Le roman Une part de ciel, malgré le manque d’action et la répétition, n’est pas lassant. Au contraire, quelques « actions » peuvent même apparaître au fil de l’histoire. Le petit côté « journal intime » permet de faire intervenir un ensemble de concepts et sentiments profonds. Les personnages sont attachants. Carole, bien que froide, finit par s’adoucir un peu, à exprimer sa sensibilité et à se plaire dans la culture de village. Je ne comprends en revanche pas pourquoi l’auteur a choisi pour Carole le métier de professeur de pâtisserie. Peut-être que ce décalage était voulu mais la délicatesse et la minutie du métier de pâtissier ne transparaît que très peu dans la personnalité de Carole. Claudie Gallay a osé intégrer dans le récit le parler local en utilisant le « à » : le bar à Francky revient souvent. Cela choquera sûrement qu’elle n’ait pas utilisé le bar de Francky, mais, pour avoir grandi dans un village proche de la Vanoise, sachez que toute ma famille parle ainsi. Quant à la « part de ciel », quelle est-elle ? Comment la définir dans ce roman ? On peut trouver une piste de réponse autour de la page 430...

Ma note

- Pour l’originalité de l’histoire : 3/5
- Pour le plaisir de la lecture : 4,5/5
- Pour les personnages : 3,5/5
- Pour l’écriture : 4/5

>> TOTAL = 15/20

Référence

Une part de ciel : roman / Claudie Gallay. - Arles : Actes Sud, 2013. - 1 vol. (445 p.) ; 24 cm. ISBN 9782330022648

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